Ces quelques posts se veulent une observation du quotidien de nos couleurs.

Elles sont omniprésentes même si nous n’y prêtons pas forcément attention. Les couleurs qui nous entourent nous paraissent normales, peut-être même banales.
Et pourtant, le choix d’une couleur n’est que le résultat d’une longue histoire et d’un processus complexe.

L’association des couleurs l’est encore plus en ce sens que l’acceptabilité d’une harmonie de couleurs varie en fonction du temps et des lieux. Ainsi le bleu, inexistant, dans l’Antiquité, est aujourd’hui la couleur favorite des européens (lire à ce sujet « le bleu » de Michel Pastoureau – Editions du Seuil 2000).

Par conséquent, loin d’être stables et normatives, les couleurs nous accompagnent dans notre quotidien et constituent une terre où se mêlent histoire, symboles et esthétisme.


Bienvenu au pays de la couleur !













lundi 8 juin 2015

LA COULEUR COMME REMERCIEMENT


 
Les apports de l’immigration racontée par la mode. C’est le pari audacieux que le Musée de l’Immigration a fait en organisant une exposition dédiée aux couturiers étrangers qui ont œuvré, à et pour la mode française.

Si le noir y est omniprésent, sa mise en scène est variée, comme l'illustrent les « 6+1 » d’Anvers aux influences punk et Elsa Schiaparelli qui le conçoit en relief avec des petites écailles dans sa « robe d’après midi » de 1933.

La couleur éclate avec les japonais comme dans la robe longue de 1994 d’Issey Miyake composée de bandes blanches, noires, bleus, oranges, roses, vertes et jaunes. Kenzo n’est pas en reste et ajoute aux mélanges aventureux des couleurs celui des imprimés.

Il est également émouvant de noter que des hommages à la France sont rendus comme à travers ce manteau et cette robe bleu blanc rouge de Paco Rabanne en 1974, que l’on lit comme un remerciement.



dimanche 7 juin 2015

OCRES LASCAUX




L’exposition qui se tient actuellement Porte de Versailles ne peut que donner envie de voir les répliques sur place, car nul doute que ces hommes préhistoriques ont fait des parois des grottes un art voilà 19 000 ans.

Si les représentations sont impeccables, la couleur y joue un rôle essentiel. Les ocres offrent des nuances subtiles allant du rouge au jaune, révélant des pigments délicats. Le noir obtenu grâce à de l’oxyde de manganèse se dégrade en plusieurs tons comme dans la vache noire, si bien qu’une impression très réaliste se dégage des parois.

Mais le plus étonnant est sans doute ces carrés au pied des dessins qui reprennent les teintes de chacun d’eux, sauf une : un mauve dont on ignore la provenance et qui n’apparait sur aucune paroi. Lascaux conserve encore ses mystères ….

dimanche 17 mai 2015

COULEUR AFFECTIVE

 


 
 
 


 
 
 

L’exposition Jean Paul Gaultier actuellement au Grand Palais présente, outre la particularité d’être drôle, un regard atypique et très personnel sur la couleur. On y apprend que le jeune Jean Paul Gaultier a été refusé chez Yves Saint Laurent pour « couleurs affligeantes » ….  Comme quoi, la persévérance est payante.

Les couleurs emblématiques du couturier sont loin d’être un choix purement esthétique. Ce rouille habituellement peu utilisé, renvoie aux papiers peints des murs de chez sa grand-mère. Ce couleur chair tendance saumon qui habille les corsets fait également référence à sa grand-mère. On est chez Gaultier dans la couleur affective.

Mais, comme tout artiste, Jean Paul Gaultier n’en reste pas là, il revisite ses souvenirs chromatiques. La couleur chair est poussée à son paroxysme dans cette robe couleur peau de sorte à donner l’illusion que la femme qui la porte est belle et bien nue. Et comme chez Gaultier la beauté n’a ni standard, ni couleur, une version pour peau noire est aussi conçue. Cette couleur peau va aussi appuyer le questionnement du masculin et du féminin. D’autres avant lui avaient masculinisé la femme, lui veut féminiser les hommes et abolir les frontières culturelles. La politique n’est pas toujours là où on l’attend ….

 

vendredi 8 mai 2015

YVES SAINT LAURENT, LA LIBERATION SOUS TOUTES SES COUTURES



La collection de 1971 rappelle à quel point l’œuvre d’Yves Saint Laurent a été visionnaire, tellement visionnaire qu’elle en a été parfois dérangeante.

Lorsqu’il présente la collection Printemps Eté de 1971, c’est le scandale. Les vêtements sont trop « seconde guerre mondiale ». Ils se vendront peu en Haute Couture, mais terriblement en prêt à porter et reconnaissance absolue, la rue adopte ce style à la fois si féminin et pratique, car la femme Yves Saint Laurent a une vie très active.

Au-delà du noir très présent, pas de limite sur les couleurs. Elles se mélangent sans tabou et sont souvent éclatantes. La veste en renard vert émeraude attrape puissamment le regard et se porte sur des longues jambes. Les imprimés à fleurs peuvent être oranges rehaussés de turquoise, l’écossais se porte vert absinthe et Saint Laurent va même jusqu’à concevoir une robe de soirée (courte) à fond marbré dans les tons militaires.

Mais cette fameuse « petite robe » à fleurs s’impose désormais dans le vestiaire féminin. La libération a libéré les hommes, et Saint Laurent a fini par vraiment libéré l'image de la femme ......  ou quand l’esthétisme ne fait plus qu’un avec le politique.

dimanche 19 avril 2015

DEBOUTONNER LA MODE

 
 
Veste à boutons papillon d'Elsa Schiaparelli
 

Boutons de la période révolutionnaire

 
Veste d'Elsa Schiaparelli dont les boutons de verre sont remplis de pétales de fleurs

 
Robe de Paul Poiret

 
Extrait de la collection d'Henri Hamm
 
 
 
Le Musée des Arts Décoratifs a eu l’heureuse idée de consacrer sa nouvelle exposition au bouton. On comprend très vite que sa fonction est loin d’être utilitaire mais esthétique et objet de créativité pour les couturiers. Gabrielle Chanel s’en est emparée comme un élément distinctif, par ses deux C entremêlés. Bien entendu, la couleur a habillé, transformé le bouton au point de révéler la personnalité du vêtement comme pour la veste d’Elsa Schiaparelli présentée en début d’exposition. Le bouton papillon lui donne un caractère épatant, pour reprendre un vocabulaire d’époque.
La collection des boutons d’Henri Hamm composée de plus de 900 pièces laisse également place à une variété de teintes qu’on se figure sans fin.
Et que dire de la période révolutionnaire avec ses représentations citoyennes ? Boutons bleus, blancs, rouges bien sûr !
Après avoir vu cette exposition, vous ne verrez plus le bouton de la même façon !
 

samedi 18 avril 2015

L'INDE, PAYS DE TOUTES LES COULEURS


« Indian Palace Suite royale » confirme que l’Inde est le pays de la couleur et plus encore …. le pays où tous les mélanges de couleurs sont possibles.

Aucune objection à ce que le sari de la mère du héros soit rouge sur une épaule, rose et jaune sur l’autre avec un ruban argenté comme délimitation. Et, c’est beau. De quoi nous interroger sur la codification occidentale …

dimanche 15 mars 2015

JEANNE LANVIN, PAPESSE DU BLEU


L’exposition qui vient de s’ouvrir au Palais Galliera rend hommage à une figure emblématique de la Haute Couture : Jeanne Lanvin, née au XIX éme siècle et décédée en 1946. Le passage d’un siècle à l’autre est flagrant au regard des modèles exposés, à l’exception des teintes, décors et broderies dont la constance est affirmée.

Trois familles de couleurs retiennent l’attention.

Le noir bien sûr. Celui de Jeanne Lanvin est pluriel car les matières utilisées sont assorties de sorte que les reliefs des noirs rendent le vêtement subtilement lisible. Les robes « saturne » ou « Milady » en sont des illustrations raffinées par le mélange de soie, de tulle et de taffetas.

Si le noir est largement présent, le bleu reste la couleur favorite de Jeanne Lanvin, au point de parler de « bleu Lanvin », c'est-à-dire celui des vitraux ou de Fra Angelico comme le souligne les commentaires de cette exposition. Toutefois un des écrans montrant les cahiers de travail souligne avec qui ce bleu peut composer des harmonies selon la couturière. Et on y croise du rose pâle, du rouge, du bleu plus sombre et du noir.

Enfin, la dernière famille de couleur peut être perçue comme inattendue : le chair, c'est-à-dire ce que l’époque contemporaine a rebaptisé le nude … pas si nouveau en somme !